Jean Soubeyran Delalande – Une lumière qui vient de l’intérieur

DIEULEFIT, UN NOM DIGNE DE FIERTE

Il existe des noms qui rendent fier. Pendant la Deuxième guerre mondiale et l’occupation de la France  par les Allemands,  Dieulefit (dans la Drôme Provençale) avec ses 2500 âmes sera en effet un don tombé du ciel pour de nombreux juifs, écrivains connus, philosophes et artistes venus s’y réfugier. 1500 juifs se cachaient à Dieulefit; toute la population le savait, personne n’a parlé! L’Etat d’Israel décernera le titre de Juste parmi les nations à non moins 11 de ses habitants. Même le maire nommé par le gouvernement de Vichy s’est tu alors qu’il se doutait bien que sa secrétaire fabriquait clandestinement des fausses pièces d’identité. Il n’y eut pas une seule arrestation pendant toute la durée de la guerre.

Ce silence collectif est exceptionnel considérant le nombre de juifs dénoncés ailleurs en France et déportés vers les camps d’extermination pendant cette même période. Récemment un mémorial -un mur semi-circulaire autour d’une colonne en marbre sur laquelle deux visages d’enfants ont été sculptés- a été inauguré  dans le parc municipal de la Baume pour commémorer cette résistance. Il porte l’inscription: « Dieulefit où nul n’est étranger. » La phrase s’appliquera bien des années plus tard au sculpteur du monument, Ivan Thiemer originaire de Tchécoslovaquie, qui lui aussi a bénéficié de l’accueil du village lorsque les troupes russes écrasèrent le Printemps de Prague en 1969.  Depuis il est devenu un artiste dont on parle en France. La présence à Dieulefit d’un si grand nombre d’intellectuels et d’artistes venus d’ailleurs  pendant ces années de guerre insufflera au village une énergie créatrice et une dynamique culturelle exceptionnelles. Aujourd’hui encore de nombreux potiers, des céramistes, des peintres, écrivains, musiciens et pas moins de trois galeries d’art s’y sont installés. Pour ce qui concerne les peintres réfugiés dans le village il convient de mentionner l’Allemand Otto Wols, figure majeur de l’histoire de l’art  qui sera le fondateur du Tachism, une technique équivalente aux « drippings » pratiquée plus tard par l’expressionniste abstrait Américain Jackson PollockWilly Eisenschitz Willem Eisenschitz  qui est Autrichien  exécutera des portraits et de très beaux paysages du sud de la France et de la Drôme. Ses œuvres font partie des collections de divers musées européens. Sa femme Claire Bertrand Française et peintre expressionniste réalisera elle aussi des paysages forts en couleurs de la région. Ces peintres et bien d’autres contribueront dans une large mesure à la réputation de Dieulefit comme centre des arts.

Une des figures marquantes, devenue mythique, de ces années de résistance sera incontestablement Marguerite Soubeyran, une des trois directrices de l’Ecole Beauvallon, un établissement qui dispensait un enseignement alternatif, et très en avance sur son temps, à des enfants en difficulté. Les trois femmes hébergèrent un grand nombre d’enfants juifs  en les tenant hors d’atteinte des nazis parfois, en cas d’alerte, en les cachant dans les collines aux alentours de Dieulefit jusqu’à ce que le danger soit passé.  Certains garçons recherchés par la police française allaient à l’école pendant le journée mais la nuit tombée partaient dormir dans des caves. Marguerite Soubeyran était une excentrique et  une forte personnalité qui n’hésitait pas à prendre des mesures radicales lorsque le besoin s’en faisait sentir. C’est ainsi qu’elle résoudra une pénurie de chaussures dans son établissement en exigeant que les élèves comme aussi les professeurs marchent nus pieds pendant plusieurs mois en attendant que le stock soit renouvelé. Le peintre Jean Soubeyran Delalande à qui ce Blog est consacré est le neveux de cette femme hors pair qu’il a très bien connu et une visite de son atelier juste en dehors de Dieulefit est une expérience à ne pas manquer.

Pour un documentaire sur L’Ecole de Beauvallon et Marguerite Soubeyran, cliquer ici.

 

JEAN SOUBEYRAN DELALANDE

Jean Soubeyran Delalande est issu d’une famille ancrée depuis longtemps à Dieulefit. Enfant déjà il dessinait et il aurait bien pu opter pour une carrière de peintre après ses études scolaires. Cependant, son père lui fit prendre conscience des difficultés qu’il y  avait à gagner sa vie comme artiste et lui conseilla de faire des études de mathématiques pour lesquelles il avait des aptitudes et de s’orienter vers l’enseignement. Diplôme en poche, Jean Soubeyran Delalande enseignera d’abord pendant une dizaine d’années à Grenoble avant d’être envoyé – dans le cadre de la politique de Coopération avec les anciennes colonies françaises – au Maroc et en Tunisie pour former sur place les profs de maths locaux. On le retrouve ensuite en Belgique où après quelques années consacrées à la peinture il intègre. le corps enseignant de l’Ecole européenne de Bruxelles en tant que professeur de maths. Pendant toute cette période il ne cessera de dessiner, de peindre et d’exposer. Des circonstances vont lui permettre de quitter l’enseignement pour se consacrer entièrement à la peinture. Il a quarante cinq ans et s’inscrit à l’Académie Royale des Beaux Arts à Bruxelles. Quatre années d’études pour perfectionner sa technique et pour entrer de plain pied  dans le monde de l’art. Les expositions se succèdent, en France comme aussi en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Belgique. Il y a quelques années il fera l’acquisition d’une usine désaffectée  juste en dehors de Dieulefit où il habite et travaille aujourd’hui dans un atelier vaste et lumineux.

Jean Soubeyran Delalande est un homme grand et chaleureux qui aime bien échanger des idées sur l’art, sa signification pour lui et pour d’autres artistes. Suivre son évolution de peintre est extrêmement intéressant car passant progressivement du figuratif à l’abstrait, dès les premières œuvres,  le besoin d’aller au-delà de la représentation pure et simple lui apparaît comme une évidence. Dans les premières toiles le trait est assuré, la maîtrise est là. Il sait manier le pinceau! Mais déjà Jean Soubeyran Delalande s’écarte du simple rendu des choses en adoptant un style surréaliste qui montre que derrière la réalité vit un monde parallèle, mystérieux et insaisissable. Pas sûr qu’il ait alors conscience de ce qu’il cherche vraiment à exprimer mais la quête vers quelque chose de plus profond se révélera peu à peu à lui. Ce seront peut être les dessins automatiques à l’encre, un exercice auquel il s’astreint tous les jours, qui constituent un début de réponse. « Je ne peux m’en passer » affirme-t-il « et je continuerai à les exécuter jusqu’au jour de ma mort. »

  

 

 

 

 

Il dessine alors sans réfléchir en laissant uniquement travailler sa main à l’instar des artistes de l’Art Brut. Pour Jean Soubeyran Delalande ces dessins rythment avec la régularité d’un métronome le passage du temps. Quoique ce ne soit pas directement le but recherché chaque dessin une fois terminé se présente au regard comme une petite œuvre d’art parfaitement achevée. L’année dernière il offre aux visiteurs un spectacle impressionnant en exposant 1000 d’entre eux dans l’église Réformée de Bourdeaux. Mais ces dessins automatiques à l’encre révèlent autre chose que les marques du temps qui passe. Jean Soubeyran Delalande commence le plus souvent par une tâche sombre autour de laquelle par points et par traits graphiques et variés des formes s’inscrivent sur le papier tandis que progressivement le dessin s’éclaircit, et la lumière vient se mêler aux ombres. C’est là le secret de Jean Soubeyran Delalande: la lumière! Une lumière qui naît de l’intérieur. Elle devient le sujet même de son art. Les tableaux à l’huile qu’il exécute aujourd’hui sont de ce point de vue encore plus explicites. Il n’y a plus que la lumière qui compte, une sensation de la lumière que l’artiste fait surgir à travers de multiples couches de couleur posées avec des couteaux de palette et de larges pinceaux d’une manière égale sur la toile. Les couleurs obtenues par ces superpositions de couches sont en elles-mêmes uniques et très belles mais c’est la lumière qui s’en dégage qui compte.

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Jean Soubeyran Delalande – Galerie Kraft (ne manquez pas la video en bas de page !)

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Image principale de: wewac.com

 

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